Ada Byron, la « fiancée » des sciences

Avec Ada Lovelace, nous inaugurons notre série de portraits de femmes qui ont contribué à l’histoire de l’informatique : les pionnières. Nous commençons par la plus « romantique » de toutes, celle qui a le plus ému des générations de jeunes informaticien-ne-s, mathématicien-ne-s, chercheur-euse-s,... Un langage de programmation a été appelé Ada en son honneur ; Interface3 a mené un projet Ada de 2000 à 2008 (www.ada-online.be) et tout récemment une jeune artiste a lancé une bande dessinée en son honneur... Ada n’a pas fini de susciter un vif intérêt !

Ada Lovelace était la fille d’Annabella Milbanke et du célèbre poète Lord Byron.

Suite au divorce de ses parents, Ada est élevée pas sa mère. Elle ne voit le portrait de son père qu’à l’âge de 20 ans. 
Sa mère s’inquiète beaucoup pour l’avenir et l’éducation d’Ada : sans nul doute, elle avait hérité du génie de son père, mais serait-elle comme son père, fantasque et immoral ?

Annabella s’attache donc à trouver à sa fille des précepteurs pour lui donner une éducation moralement irréprochable et aussi loin que possible de la poésie : Ada apprendrait les mathématiques, la morale, la science et y travaillerait avec méthode.

Après avoir évité de justesse le scandale pour une relation amoureuse avec un de ses précepteurs, convaincue elle-même d’être de nature aussi perverse que son père, Ada décide d’étudier plus sérieusement les mathématiques et fait la rencontre d’une célèbre mathématicienne : Mary Somerville. 
Parallèlement elle se marie et elle a trois enfants avec William King, compte de Lovelace.

Ada est peut-être une femme et une mère, mais pour la société elle est avant tout la fille d’un des plus grands génies qu’ait connu l’Angleterre. Elle a hérité de son intelligence, Ada en est la première persuadée et ne s’en cache pas. C’est d’ailleurs grâce à sa noble ascendance que les plus grands scientifiques du moment accepteront de travailler avec elle ou de l’avoir pour élève.

En 1833, grâce à Mary Somerville, Ada voit pour la première fois la machine à différences de Charles Babbage. Elle est fascinée par la machine qui exécute des calculs, la description qu’elle en fait à Babbage, mi-poétique, mi-mathématique enchante le mathématicien. C’est là que débute leur amitié qui se poursuivra par une collaboration.

Babbage n’écrit pas lui-même sur sa machine, c’est l’italien Luigi F. Menabrea, qui, impressionné par les travaux de Babbage, rédige le premier article en français en 1842. Ada traduit l’article. Une fois qu’elle y a ajouté des notes, l’article a doublé de volume !

Son mémoire est publié sous ses initiales : A. A. L. afin de dissimuler son identité comme le faisaient d’ordinaire les femmes. Il est bien accueilli. Néanmoins, elle n’obtient pas la célébrité qu’elle espère. Ce n’est en effet pas pour son apport mathématique que Ada est devenu célèbre, mais pour un passage de son mémoire, considéré par elle comme par Babbage comme mineur : le programme qui permet de calculer sur la machine analytique les nombres de la suite de Bernoulli.

C’est le premier programme informatique qui ait été écrit et il utilise les mêmes termes et procédures qu’on utilisera plus tard sur les premiers ordinateurs.

Mais la machine analytique ne fonctionnera jamais. Babbage arrive à cours d’argent et ne parvient pas à la mettre au point. Il s’arrête sans le savoir très près du but, à une ou deux roues dentées près.
Ada songe ensuite à embrasser une carrière musicale de harpiste. Elle s’intéresse aussi à des nouvelles et dangereuses idées : mesmérisme, phrénologie, matérialisme…

Plus tard, elle désire écrire un modèle mathématique lui permettant de gagner aux courses, elle espère ainsi obtenir une vraie indépendance financière, que lui refusent sa mère et son mari, mais elle se ruine au point de devoir vendre des bijoux de famille.

Les Mathématiques, le Salut, la Morale, la Célébrité… curieux mélange pour cette jeune femme qui a écrit, sans le savoir, le premier programme informatique de l’histoire !

En 1980, l’armée américaine développe le langage ADA, nommé ainsi en sa mémoire.

Article d’Isabelle Collet, publié dans le cadre du projet « Ada » femmes et NTIC.
Nos publions ici une version courte, n’hésitez pas à lire la version intégrale, disponible dans Revue de l’association Femmes et Mathématiques N° 7 - décembre 2003 : www.femmes-et-maths.fr.fm
Sources :
Stein Dorothy, Ada, a life and a legacy, Cambridge, MIT Press, 1985
Wooley Benjamin, The Bride of science : romance, reason and Byron’s daughter, Mc Graw hill
Les images BD sont de Sydney Padua, qui nous a gentiment permis de les utiliser pour illustrer notre histoire - Thank You Sydney!
Nous vous conseillons par ailleurs de lire ses "comics" sur http://sydneypadua.com/2dgoggles/lovelace-the-origin-2/ vous en aurez un avant-goût !